De St-Nazaire à Alang , l'amiante tue en silence *
Construit à St-Nazaire, l'un des plus beaux paquebots de sa génération, le France, s'apprête à être démantelé en Inde. Dans une vingtaine d'années, la baie d'Alang pourrait connaître le même sort que la Loire-Atlantique, l'un des départements les plus contaminés par l'amiante .
Alang, ses rebuts d l'Occident, ses ouvriers logés dans des bidonvilles sans eau courante, ses scandales passés sous silence .Depuis quelques années , l'accés au site des chantiers de démolition est fermé aux journalistes et aux enquêteurs . Il faut s'armer de patience pour entrevoir un amoncellement de métaux , de cuves rouillées, à même le sol, dans la poussière .Aucune règle de protection de l'environnement : la pollution ruisselle dans la nature et les ressources halieutiques désertent la zone .
Alang compte plus de 150 chantiers navals jalonnant 10 km de côtes . Alors que le Clémenceau avait dû faire demi-tour sous la pression des écologistes , l'ex gloire des chantiers navals de St-Nazaire a jeté l'ancre. En dépit de la convention de Bâle qui interdit l'export de déchets dangereux. Selon différentes estimations , le France contiendrait entre 1 200 et 2 000 tonnes d'amiante; soit au moins 10 fois plus que le Clémenceau .
Refusé par le Bangladesh, le paquebot a été accepté par l'Inde . Une aubaine pour l'économie locale. "Les ouvriers proviennent du Bihâr , de l'Orissa et de l'UttarPradesh, les régions les plus pauvres de l'Inde, explique Arun S. Mehta, syndicaliste indien. Ils sont prèts à travailler à n'importe quelle condition." Pas de rapport officiel sur les accidents du travail: on sait juste que les décès sont fréquents à Alang. Sur le chantier les ouvriers portent de l'acier à mains nues , manient des produits toxiques , munis de rares protections. Les plus équipés portent au mieux un casque voire un masque. Outre l'amiante, du gaz fréon, ressponsable du trou dans la couche d'ozone ainsi qu'un métal hautement radioactif, utilisé dans les détecteurs de fumées , polluent l'ex-France.
Et la catastrophe sociale et sanitaire annoncée semble subie en connaissance de cause: "Pour l'amiante tout le monde est au courant, assure A.S.Mehta. Mais personne n'est prêt à se battre pour quoi que ce soit." la priorité est ailleurs: nourrir sa famille.
Construit de 1 957 à 1 960 le France a déjà contaminé des milliers de tavailleurs à St-Nazaire. "Depuis 1 972 la Sécuité Sociale a reconnu plus de 5 000 contaminations à l'amiante chez les salariés de la navale," précise Roland Hottelard, président de l'Addeva 44, l'association de défense des victimes de l'amiante. On peut évaluer la réalité à 10 000contaminations. Cancer de la plèvre, de l'enveloppe des intestins , du péricarde: les maladies apparaissent entre 10 et 50 ans après l'inhalation des fibres . " On n'a pas besoin d'être exposé longtemps: des femmes qui lavaient simplement les bleus de travail de leur mari ont été contaminées ." (Un gramme d'amiante peut polluer 5 000m3 ) " Dès les années 50, les études révélant les risques de l'amiante ont été généralisées " Les Chantiers ont sciemment caché la nocivité du matériau :"C'était rentable pour eux " dit un ex-soudeur .
Classée cancérigène en 1 977, l'amiante n'a été interdite en France que 20 ans plus tard . Dans l'ouest de l'Inde , alors qu'industriels et pouvoirrs publics se prêtent main forte avec le plus grand cynisme, Alang devrait connaître une situation similaire dans les 20 prochaines années , le temps pour les maladies de se déclarer. La quête du profit franchit les frontières toujours plus vite que les droits des salariés (ou droits de l'Homme ).
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31 Juillet 2008 à 12:43 dans
- L'O.M.C. qu'est-ce que c'est?










