Incinération et gestion durable des déchets: la France atteinte d'une maladie grave... mais pas incurable ?
Le récent vote du Grenelle 1 à l'Assemblée nationale vient de révéler une fois de plus la schizophrénie dans laquelle la France se maintient. D'une part de beaux discours lénifiants sur la réduction des déchets et la valorisation matière; de l'autre, des blancs-seings en série pour la promotion de l'incinération des déchets, nouvellement maquillée sous le terme mensonger de valorisation énergétique. Lors des débats au Palais Bourbon, le député Yves Cochet a qualifié cette expression d'«euphémisme de technocrate». Il est regrettable qu'il n'ait pas été plus écouté.
La France a fait sienne la logique des shadoks : l'essentiel est d'incinérer, d'incinérer sans cesse, sans se soucier des freins que cela engendre pour la réduction des déchets et le développement des alternatives. Un rapport de la direction des études économiques du MEEDDAT datant de 2006 était pourtant sans équivoque sur le sujet : « La décision de construire un incinérateur peut limiter les marges de manœuvre ultérieures pour le développement de filières telles que le recyclage, car la rentabilité de l'incinérateur requiert un approvisionnement constant en déchets. [ … ] Il est possible d'arrêter définitivement le fonctionnement d'un incinérateur, mais pas de diminuer les quantités de déchets qu'on y amène pendant son fonctionnement, sous peine de mettre en péril la rentabilité de l'installation.» Le message est clair : l'incinération est en concurrence directe avec le recyclage.
Dans la pratique, l'opposition entre le d��veloppement du recyclage et le recours à l'incinération est démontrée de manière éclatante par le reportage de Bakchich-info intitulé « Déchets : la grande hypocrisie ». Dany Dietmann, maire de Manspach, y explique les pressions subies après avoir mis en place la tarification incitative sur sa communauté de commune : il a alors été « incité » à re-mélanger les déchets triés pour alimenter l'incinérateur local.
Lors des discussions du Grenelle, le refus au niveau national de suspendre les nouvelles capacités d'incinération met aujourd'hui la Corse, Clermont-Ferrand, Fos, Arques ou Saint Villers, entre autres, dans des situations intenables où l'on tente d'imposer l'incinération par la force. S'il est possible « d'arrêter définitivement un incinérateur », il est également possible de décider de ne pas en construire, comme l'a fait la Belgique ; il est urgent aujourd'hui de faire cesser les projets en cours et réfléchir enfin à un changement de paradigme. Malheureusement, comme chez les shadoks, « La maladie la plus grave du cerveau, c'est de réfléchir » …
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07 Juillet 2009 à 21:25 dans
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