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Vers un monde plus juste

Le pouvoir du G20

       

Paradis fiscaux, bonus: le G20 n'a pas de dents!

    Par Pascal Riché | Rue89 | 22/07/2009 | 18H47

    Cette crise ne ressemble à aucune autre, plus rien ne sera comme avant, le capitalisme est mort, etc. Quand on relira dans quelques années toutes ces déclarations millésimées 2008-2009, on sourira sans doute.

    Contrairement à ce qu'on essaye de nous faire croire à droite comme à gauche, le capitalisme n'est pas une vieille carne essouflée : c'est un animal musclé, elastique, roué et dangereux. Il est plein de vie, parce qu'il est mû par des forces basiques, les fameux « esprits animaux » chers à Keynes : l'instinct de survie, le besoin d'action, le goût du pari, la cupidité, le pouvoir, l'aventure, le plaisir de la domination, la compétition… ce genre de trucs.

    Si les politiques ne font rien pour brider le capitalisme, le domestiquer, il bouffe les sociétés toutes crues.

    C'est ce qui est en train de se passer, comme en témoigne le desarroi des dirigeants du G20. Ils décident par exemple de s'attaquer aux paradis fiscaux, très bonne idée, et de contrôler les rémunérations des traders, mesure éminemment saine. Mais qu'observe-t-on ?

    On découvre d'abord l'absence de la liste des paradis fiscaux de places intouchables : Londres, Jersey (Grande-Bretagne), Hongkong, Macao (Chine), le Delaware (USA)…

    Et depuis hier, on constate un concert de couinements autour de l'affaire des « bonus garantis » accordés par les banques : Goldman Sachs a provisionné 20 milliards de dollars pour ses bonus à venir, l'équivalent de la somme allouée par le G8 pour la faim dans le monde » précise Le Monde…

    Obama fustige l'absence de « remords » des princes de Wall Street, tandis qu'en France, la ministre des Finances Christine Lagarde dénonce le retour aux anciennes pratiques qu'elle qualifie de « honte absolue »…

    Autant de déclarations qui relèvent de la tartufferie. Comment peut-on croire un instant que les banquiers, pris de « remords », vont s'autodiscipliner, et cesser spontanément de couvrir d'or des traders ou des dirigeants qui, parient-ils, vont les enrichir encore plus ?

    Comment s'étonner, comme le fait Lagarde, que certaines banques étrangères ne « jouent pas le jeu » ? Et de quelles règles du jeu parle-t-on, d'ailleurs ?

    Si cette crise aurait dû donner une leçon aux politiques, c'est que l'autorégulation, cela ne marche pas. Ce qui marche, en matière économique, ce sont les les décisions politiques : la fixation de règles. La réforme des normes comptables ; la nationalisation partielle des banques ; l'interdiction de certaines pratiques spéculatives ; l'interdiction de traiter avec des paradis fiscaux, etc.

    Ce type de décision doit idéalement être pris « là où le pouvoir économique a déjà pris ses aises », comme dit le chantre d'une nouvelle constitution économique, Paul Jorion : au niveau global. Hélas, aucune institution globale n'a actuellement suffisamment de dents pour être efficace, et les dents n'ont pas l'air d'être au programme du G20, simple club informel.

    En attendant, les Etats, eux, ont un peu plus de dents. Et sur le plan national, il existe des moyens d'action. L'impôt par exemple, est un outil qui marche bien. En France, on peut déjà suggérer à Christine Lagarde la suppression du bouclier fiscal, qui permettrait d'atténuer certaines des situations d'enrichissement et de prises de risque qui semblent la choquer tant.

    A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89

Terres de guerre.

                         D'après www.grain.org 

    Terres de guerre

    Les objectifs réels de la reconstruction agricole en Afghanistan et en Irak

     Nous nous intéressons dans ce Rapport à la façon dont le travail de reconstruction agricole des États-Unis en Afghanistan et en Irak ne se contente pas de faciliter l'accès aux firmes agro-alimentaires américaines et d’essayer d’imposer des politiques libérales (ce qui a toujours été l’une des fonctions fondamentales de l'aide américaine au développement), mais fait aussi partie intégrante de la campagne militaire américaine dans ces pays et les régions avoisinantes.    Lorsqu'on rapproche cette situation du pouvoir croissant que les États-Unis et les entreprises qui sont leurs alliés exercent sur les bailleurs de fonds et les organismes internationaux (comme la Banque mondiale, l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et les centres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), qui influencent les politiques alimentaires et agricoles adoptées par les pays bénéficiaires de l’aide), c'est une évolution très inquiétante. Il ne s’agit pas de cas uniques, nés de circonstances exceptionnelles. Ils constituent vraisemblablement un modèle de dispositif pour les activités des États-Unis à l'étranger, qui continuent à étendre leur « guerre contre le terrorisme » et à favoriser les intérêts des entreprises américaines.

    L’Asie a eu sa part de désastres au cours des dernières années, qu'ils soient d'origine humaine ou naturelles : inondations, cyclones, tsunamis, tremblements de terre, guerre. Après chaque catastrophe, des efforts sont faits pour tout remettre en état. Mais « l'assistance » extérieure est souvent accompagnée d'objectifs politiques ou même militaires qui visent beaucoup plus à remodeler les pays pour satisfaire de puissants intérêts qu'à effectivement permettre une reconstruction des communautés éprouvées. L'aide humanitaire est régulièrement conditionnée à l'adoption de politiques néolibérales et, ce qui est peut-être encore plus inquiétant, on a récemment pu observer une tendance en cas de guerre à associer étroitement cette aide, qualifiée de « reconstruction », à l'appareil militaire des puissances occupantes. En Afghanistan, où le Président américain Obama est en train d’envoyer 17 000 soldats supplémentaires, et en Irak, les terrains d'essais de cette assistance militarisée, la distinction entre les activités civiles et militaires américaines a été complètement, et délibérément, estompée.

                           Afghanistan : de la nourriture et des bombes

    Quand les États-Unis ont commencé leur campagne de bombardement sur l’Afghanistan en 2001, l'une de leurs premières cibles a été Shindand, un aérodrome construit par les Soviétiques dans l'ouest du pays, près de la frontière avec l’Iran.  Un an plus tard, les États-Unis ont pris le contrôle de l’aérodrome, l’un des plus grands du pays, et ont alors été accusés de vouloir utiliser ce site comme base pour des interventions contre l'Iran. Aujourd’hui, la zone autour de Shindand reste le théâtre d’une intense activité militaire entre les États-Unis et les forces de l’OTAN d’une part et les troupes des Talibans de l’autre, les populations civiles restant prises entre deux feux.

    Le 21 août 2008, des appareils américains ont décollé de l’aéroport de Shindand et ont bombardé un village dans le District de Shindand, tuant au moins 88 civils innocents. Quand des manifestants sont ensuite descendus dans les rues d'Azizabad, la capitale régionale, l’Armée nationale afghane a ouvert le feu sur la foule et blessé ainsi plusieurs personnes. La manifestation avait été déclenchée par l’arrivée de fonctionnaires du gouvernement central avec une aide alimentaire destinée aux familles touchées par le drame. « Ils ont détruit nos maisons, tué des dizaines de personnes, et ils nous envoient encore du blé ? »  s’est écrié Hamidullah, un habitant de la région qui a participé aux manifestations. [1]

    Dans la guerre d’Afghanistan, les bombes et l’aide alimentaire participent du même accord global. Quelques mois plus tôt seulement, les forces américaines avaient créé un centre de formation agricole dans ce même aéroport d’où les avions américains ont lancé leur attaque meurtrière. « Ce centre agricole a de nombreux effets positifs aussi bien pour les troupes que pour la population locale » déclare un responsable de l’équipe des affaires civiles des Forces spéciales américaines. « Ceci nous permet de construire une relation avec les villageois grâce à de la formation et à des emplois ; ils ont ainsi une raison d'y réfléchir à deux fois avant d'autoriser les forces anti-afghanes à intervenir et à exercer une influence négative sur leurs vies. La présence de ce centre agricole est une mesure de sécurité en elle-même. » [2] Son objectif explicite est de présenter l’occupation américaine sous un jour favorable.

    Les responsables américains expliquent que le centre permettra par la suite de développer dans la zone une production agricole destinée à l’exportation et à détourner les agriculteurs locaux de la production du pavot, une culture qui continue à apporter plus de sécurité et de revenus à ces agriculteurs que les millions de dollars de l’aide étrangère, dont seule une toute petite partie leur parvient finalement. Le centre est équipé de laboratoires, de salles de classe, de plusieurs bassins de pisciculture avec des laboratoires d’alevinage, des vignes et des vergers. Une station météorologique et un système d’irrigation goutte à goutte sont également prévus. Tout cela est géré par les militaires américains.

     1 - Najib Khelwatgar and Ahmad Qurishi, « Afghan Army open fire on Shindand protesters, Karzai worried », PAN, 23 août 2008 http://tinyurl.com/42z5mr
2 – Un responsable d’équipe des affaires civiles des Forces spéciales américaines cité par Anna Perry, « Afghan Agricultural Center Contributes to Better Security », American Forces Press Service, 3 juillet 2008.


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