Les porteurs d'espérance .*
En novembre 1 989, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, qui annonçait celle du communisme à l'Est , un ami de l'écrivain Claude Roy eut cette exclamation au téléphone: " C'est une bonne nouvelle , mais qui va faire peur aux riches maintenant ?" Rétrospectivement, cette exclamation semble prémonitoire. Jamais les riches et les cyniques n'ont éré aussi tranquilles que depuis 15 ans. C'est un fait .
Contrairement à ce que nous serine l'appareil médiatique du matin au soir , nous ne vivons pas dans un monde pacifié ou rendu moins dur par le triomphe de la modernité; C'est même tout le contraire.
Nos sociétés se sont durcies , les inégalités se sont creusées davantage, la logique de l'argent n'a jamais autant triomphé, l'égoïsme des "riches" n'a jamais été aussi arrogant. Pire encore , c'est justement parce qu'elles sont moins faciles à identifier où même à évaluer, dans une société devenue plus complexe, que les injustices ont pu devenir plus injustes encore. Un peu tourneboulés par le changement, désorientés par l'accélération des révolutions technologiques, anesthésiés par le ronron des grands médias, trop d'intellectuels et trop de journalistes se sont progressivement accoutumés à ces formes nouvelles d'iniquité. Ils ont "déserté" d'une certaine façonle terrain ainsi abandonné aux nouveaux "maîtres du monde ". On enrage de voir impunément parader, du matin au soir, ces nouveaux puissants dont la grande presse célèbre les "exploits" et les "coups de Bourse". On aimerat qu'on nous parle davantage de tous ceux qu'on a laissé au bord de la route et dont on a confisqué - ou ringardisé - la parole .
Ils tiennent nos sociétés debout
Il existe des hommes et des femmes qui , en matière d'information, de commentaires ou d'engagements quotidiens, obéissent à d'autres critères que ceux du marché ou du fric. C'est ceux-là qui nous apparaissent comme des porteurs d'espérance . Ils sont nombreux. Les médias n'en parlent guère. Ce sont eux qui, en vérité, tiennent nos sociétés encore debout. La plupart d'entre eux font tout cela , sans céder à la nostalgie ni à l'amertume. Surtout pas à la nostalgie ! Ce n'est pas de restaurations archaîques que nous avons besoin - même à propos de la lutte des classes -mais d'invention, de mise à jour , de lucidité neuve. Dans la protestation comme dans la colère, il s'agit d'être " résolument moderne", comme disait Rimbaud. Ce n'est pas derrière mais devant nous que se trouve l'espérance.
Et puis, qu'on cesse de confondre la colère avec je ne sais quel sérieux compassé et tristounet. Le pire serait d'abandonnerla gaieté , l'humour et la dérision à ces mille et un cynismes " branchés" qui colonisent abusivement l'espace public.
Jean-Claude GUILLEBAUD, essayiste et éditeur. Paru dans Résistances (17 octobre 2 006)
Journal gratuit édité par ATD quart Monde
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23 Septembre 2008 à 10:42 dans
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