Bourses mondiales : un été chaud
En juillet 2008, le gouvernement américain a annoncé un plan de sauvetage des deux principales sociétés américaines de refinancement immobilier. Il était temps. Fannie Mae et Freddie Mac ont chuté de plus de 85 % en Bourse depuis le début de la crise des subprimes. Ces derniers jours la glissade est devenue chute libre car des doutes sérieux sont apparus sur leur capacité à faire face aux défauts de paiement qui touchent de nombreux ménages. Or ces deux sociétés détiennent plus de 40% du crédit immobilier américain, ce qui représente 5 300 milliards de dollars de créances, plus dun tiers du PIB américain. Leur effondrement aurait donc un impact gigantesque
La première conséquence est politique. Fannie Mae et Freddie Mac ont été mises en place et soutenues par lEtat car elles jouent un rôle clé dans la légitimation du système. Ce sont les outils censés conduire à la « Nation de propriétaires », représentation officielle des Etats-Unis par elles-mêmes. Elles sont aux Etats-Unis ce que lécole publique est à la France, un élément de lidentité nationale. Sur le site internet de Fannie Mae, on lit ceci : « Notre business, cest le Rêve américain. Parce quavoir un endroit sûr que lon peut appeler son chez-soi renforce les familles, les communautés et notre nation comme un tout. » Cest le mythe fondateur selon lequel, pour peu quil se donne du mal, chaque américain peut accéder à lintégration sociale par la propriété, devenant dès lors un citoyen à part entière et un chef de famille protégeant les siens des aléas de la vie (le logement constituant aussi une assurance contre le chômage ou la maladie). La crise de telles institutions prend donc une dimension immédiatement politique.
La seconde conséquence de ces défaillances est à la fois économique et politique. Si les titres de Fannie Mae et Freddie Mac ont dévissé malgré lexistence dun soutien public, cest que les investisseurs en sont venus à douter que le gouvernement américain continuerait à les cautionner. Non pas quils croient que lEtat américain lui-même soit en faillite : la panique aurait pris dans ce cas des proportions bien plus considérables. Ils croient plutôt que lEtat américain risque dêtre obligé, pour sen sortir le mieux possible, daccepter une sorte de faillite partielle, circonscrite à certains secteurs et établissements. Leur inquiétude sappuie sur des indices très sérieux. Les dispositifs existants dintervention publique sont sur le point datteindre leurs limites. La politique de soutien à la liquidité des marchés menée par la Réserve fédérale a un effet pervers très coûteux en termes dinflation. Pour la première fois la Fed hésite à la poursuivre. Autre indication, la faillite vendredi dernier de la banque IndyMac. Cest la plus grosse faillite bancaire de lhistoire américaine depuis 24 ans. Elle devrait officiellement coûter à loffice public de soutien aux banques 15% de ses réserves. Autrement dit, chacun sait dorénavant quun tel rythme de succession de faillites est désormais insoutenable. Si elles se poursuivent, si Fannie Mae et Freddie Mac entrent en turbulence à leur tour avec leurs milliards de dollars, et si lEtat voulait une fois de plus voler à leur secours, il lui faudrait des ressources nouvelles. Il serait alors obligé, vu les déficits budgétaire et commercial records, à augmenter nettement les impôts. Or le gouvernement américain actuel sy refuse. Lopposition démocrate cède à la pensée unique en la matière. Barack Obama et Hillary Clinton ont rivalisé de modération fiscale lors de leur débat télévisé davril dernier. Clinton a promis de « ne pas augmenter un seul impôt touchant les Américains des classes moyennes dont le revenu annuel est inférieur à 250 000 dollars ». Obama sest également engagé à ne pas revenir sur les baisses dimpôts des contribuables qui gagnent moins de 200 000 dollars par an. Or il faut savoir que seuls 7 % des ménages américains disposent dun revenu annuel supérieur à 150 000 dollars
Les investisseurs ont donc raison de penser que lEtat américain ne peut plus continuer comme aujourdhui à soutenir le secteur bancaire en faillite tout en accumulant les déficits et en réduisant les impôts. Le modèle à la fois économique et politique sur lequel sest construite la première économie du monde ces dernières années, et du coup lordre mondial dans son ensemble, est condamné. On comprend que cela rende nerveux la planète financière.
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26 Août 2008 à 11:42 dans
- Alter c'est super.

