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Vers un monde plus juste

Pensons-nous comme des bancs de poissons ?

   Ainsi, en quelques semaines, on aura vu le discours politico-médiatique dominant virer carrément de bord. Hier confits en dévotion à l'égard du marché, voilà les commentateurs qui brûlent ce qu'ils avaient adoré. On a la berlue. (.......)

   L'univers de la communication fonctionne dans la "culture du flux", par opposition à la "culture du stock", qui est celle de l'école, du livre et de la tradition. Les croyances qui habitent nos sociétés sont devenues changeantes, immédiates, amnésiques, insaisissables. Elles sont faites de sincérités successives, d'opinions effaçables, de points de vue approximatifs et révisables. (.....) Un physicien, Etienne Klein, parle d"engouement", pour désigner cette croyance dégradée. La définition correspond assez bien à ces convictions à la fois sincères et sans cohérence ni durée, qui additionnées, finissent par constituer la rumeur démocratique, impérieuse voire dogmatique mais dont la consistance est médiocre.

   Ces engouements changeants allient donc la force d'expresion et la fragilité des contenus, le parler gros et le penser petit. Ils sont bien plus proches, en cela, de la crédulité que de la conviction. Les croyances produites par la communication contemporaine sont par hypothèse ptovisoires. (.....) L'opinion majoritaire - cette "rumeur" - évolue comme le font, en mer, ces bancs de poissons qu'un signal infime suffit à faire subitement changer de direction, d'un bloc. (......)

   L'univers digital dans lequel nous sommes entrés depuis une trentaine d'années est celui des engouements successifs, et aussitôt satisfaits. Or cette impermanence du croire est nécessaire à la légèreté requise de l'individu consommateur, dont le marché pourra d'autant mieux capter - et manipuler - les préférences qu'elles seront sans vraies attaches.

    L'absolue variabilité de ces "engouements" correspond bien à la mobilité consumériste - sans remords, sans fidélité ni responsabilité - sur laquelle table la "société liquide" contemporaine, pour parler comme Zygmunt Bauman. Ajoutons que la boucle est bouclée puisque cette logique instable gouverne le fonctionnement des marchés eux-mêmes. D'où les paniques  financières qui en sont le sous-produit direct, logique et dévastateur .

Jean-Claude GUILLEBAUD  ( Télé- Obs   N° 2 293  du 18 au 24 octobre 2 008)


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