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Vers un monde plus juste

Confessions d'une tradeuse ( n°5 ).

 

    "Dans la salle des marchés où je travaille, nous sommes 12 dont 8 polytechniciens, et je suis la seule fille. Les bonnes années, j'ai pu faire gagner à la banque 10 millions d'euros, ce qui me valait un bonus  d'environ 250 000 euros, en plus d'un salaire très important. Les primes pouvaient atteindre des millions, mais c'était tout de même assez rare, en tout cas en France. A Londres, on rencontrait des traders mercenaires qui faisaient des fortunes en spéculant à la baisse, qui collaient vraiment au mythe du golden boy, avec Bentley, jet privé et chevaux de courses.

    A mon poste de travail, il y a 8 écrans, 3 ordinateurs reliés à un seul clavier, 8 hauts parleurs et un micro. Je suis donc en relation avec  8 interlocuteurs à la fois, avec lesquels je peux m'entretenir en direct, me battre pour vendre ou acheter au meilleur prix.  (....) A part quelques personnes qui arrivent à raisonner à contre-courant, c'est un milieu extrèmement conformiste et moutonnier. Des centaines d'organismes financiers se sont jetés sur les subprimes sans réfléchir aux conséquences, parce que ça avait l'air de rapporter gros, et c'est ce côté moutonnier qui a amplifié la catastrophe. Il suffit qu'une rumeur courre pour que tout le monde s'y engouffre comme une colonie de lemmings. Je crois profondément à la nécessité d'une régulation et d'une gouvernance mondiale.

    Le monde du trading est très discriminatoire pour les femmes. (.....) Quand j'ai été engagée, mon boss m'a avertie : "C'est pas le moment de tomber enceinte". (.......) Depuis que j'ai repris le travail, bien que j'ai assuré mon boss que j'étais toujours aussi motivée, je suis placée sur la touche. Je ne reçois plus de mail, je ne suis plus convoquée aux réunions. Un collègue m'a mis ses pertes sur le dos. (.......)

    Depuis l'éclatement de la crise, ça débauche de tous les côtés. Il y a une ambiance apocalyptique, une atmosphère de fin du monde. Même si les temps sont difficiles, on ne va pas pleurer sur les traders. La plupart, moi incluse, ont largement le temps de voir venir."

    Publié dans Marie Claire n° 676 (décembre 2 008)

    


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