Petite histoire de la désinformation (Vladimir VOLKOFF).

Depuis que les hommes ont une bouche pour parler et des oreilles pour entendre, autrement dit depuis qu'ils échangent des messages, ils ont compris qu'il est possible de tirer avantage du flou propre à la plus innocente des informations ; que, l'aloi de vérité qui y est compris n'étant ni fixe ni garanti, il n'y a rien de plus facile que de joindre à l'approximation involontaire la tromperie délibérée.
Petite histoire de la désinformation expose, de l'Antiquité à nos jours, ces opérations, et raconte des anecdotes qui, du cheval de Troie à Internet, des Villages Potemkine à la guerre en Bosnie, permettent de se faire une idée des méthodes utilisées par les désinformateurs. Véritable manuel à l'usage des professionnels comme des profanes, ce livre permettra à chacun d'avoir un nouveau regard sur l'information, quelle que soit sa source, et de se prémunir contre une arme dont les victimes se comptent par millions. La désinformation, dont n'importe qui peut être un agent à son insu, reste une donnée majeure de cette fin de siècle. (20 €)
Bibliographie / Biographie. Qui est Vladimir Volkoff ?
Arrière petit-neveu du compositeur Tchaïkovsky, Vladimir Volkoff est né à Paris le 07 novembre 1932 de parents russes qui avaient quitté la Russie lors de la Révolution de 1917.
Après des études de lettres classiques à la Sorbonne et l'obtention d'un doctorat de philosophie de l'Université de Liège, Vladimir Volkoff sert comme officier de renseignement pendant la guerre d'Algérie avant de se consacrer à la littérature. Il compose plusieurs romans de Science-Fiction et d'espionnage tout en enseignant les langues française et le russe pendant plus de dix ans à Atlanta, aux Etats-Unis. Le grand public découvre l'écrivain en 1979 avec la sortie d'un roman d'espionnage intitulé Le retournement, histoire d'un espion soviétique manipulé qui se convertit à la religion orthodoxe. Le montage, "roman d'espionnage métaphysique" publié en 1982, lui vaut le Prix du roman de l'Académie française.
Farouchemment slave souverainiste et anti-communiste, Vladimir Volkoff est l'auteur de nombreux autres romans, essais, documents, pièces de théâtre, biographies et même scénarios de bande dessinée, la plupart inspirés par le monde du renseignement, les services secrets, l'histoire russe, la désinformation, la manipulation et la guerre. Citons notamment, outre Le retournement et Le montage, Les humeurs de la mer (grande fresque en 4 volumes fondée sur son expérience algérienne), L'interrogatoire, Le bouclage, La Trinité du Mal (pamphlet sur Lénine, Trotski et Staline), Nouvelles américaines, Yalta, La Bête et le Venin, L'agent triple, Alexandre Nevski (BD dessinée par Paul Teng), La Désinformation, arme de guerre, Petite Histoire de la désinformation, Désinformation: flagrant délit et le Manuel du politiquement correct. Il a reçu en 1989 le Prix International de la Paix et en 1995 le Grand prix Jean Giono pour l'ensemble de son oeuvre.
Vladimir Volkoff est décédé le 14 septembre 2005 d'une rupture d'anévrisme, à l'âge de 72 ans.
Une campagne de désinformation comprend les ingrédients suivants :
- un client : un Etat, un régime, une personne ;
- l'agent : pour Volkoff, la meilleure agence de désinformation reste le KGB (voir ci-dessous les parti pris de l'auteur).
- l'étude de marché : comme le désinformateur doit prendre le train en marche et le détourner à son profit, il lui faut connaître les conflits déjà existants pour les exploiter à son profit en les envenimant : en 1959, Ahmed Sukarno, premier président de la république d'Indonésie, est tenté par le communisme. Pour lui faire perdre les élections, les Américains décident d'exploiter les frasques de Sukarno et vont jusqu'à filmer de fictifs ébats extraconjugaux avec des acteurs. Puis on se rend compte que ce film, même s'il était diffusé, ne choquerait personne en Indonésie où les moeurs ne sont pas puritaines et l'affaire en reste là. (p. 136)
- les supports : des faits / documents vrais ou censés être vrais ;
- les relais ;
- le thème (moins il est rationnel, plus de chances il a d'être accepté) et son traitement (ne pas diffuser une information, diffuser une information incomplète, tendancieuse ou carrément fausse, saturer l'attention du public en le bombardant d'information, ce qui lui fait perdre le sens des priorités) ;
- les caisses de résonance : les médias principalement ;
- la cible : la tolérance à la désinformation est directement proportionnelle à l'ignorance de la population sur un point donné. Une action de désinformation consiste souvent à donner d'abord à la population des préjugés favorables à la future campagne de désinformation, puis à lancer la campagne proprement dite ;
- la diabolisation de l'adversaire ;
- la polarisation : tous les bons sont d'un côté, tous les méchants de l'autre.
Une opération de désinformation réussie crée dans le public une quasi-unanimité (suspecte en soi) et une psychose (ne plus voir que ce qui va dans le sens de la désinformation, en rajouter, se désinformer soi-même).
Aux Etats-Unis est né le concept de information dominance selon lequel il est possible de maîtriser son environnement en maîtrisant l'information. L'information dominance débouche sur des bénéfices non seulement politiques mais aussi commerciaux selon le principe qui veut que si je promeus mes valeurs, j'exporte mon modèle de consommation et je vends mes produits. Cet enchaînement valeurs-produits, qui joue aussi vice versa, explique en partie l'insistance que mettent les Etats-Unis à exporter l'American way of life.
Que faire pour se protéger de la désinformation ? Diagnostiquer le mal n'est pas le guérir mais on guérit rarement sans l'avoir diagnostiqué. En réalité, il y a toujours moyen de se défendre contre la désinformation. Mais, le plus souvent, on préfère succomber à l'aveuglement ce qui constitue, en termes techniques, l'acquiescement de la cible. De même que quiconque a été saigné par un vampire devient vampire à son tour, le désinformé est amené à devenir désinformateur, parfois par candeur, mais souvent avec un enthousiasme morbide. En tant que consommateurs d'information, nous devrions nous protéger :
- ne pas nous laisser obnubiler par la surinformation ambiante ;
- essayer de nous faire des opinions plutôt que de les acheter toutes faites tout en ayant une opinion que sur les sujets sur lesquels nous pouvons avoir accès à plusieurs sources d'information (réellement plusieurs sources : n'oublions pas que la plupart des journaux sont abonnés à une même agence de presse) ;
- apprendre à déceler les symptômes d'une compagne de désinformation : par exemple, il y a forcément anguille sous roche quand des journaux de bords opposés se trouvent d'accord jusqu'aux détails près ;
- pratiquer l'esprit de contradiction ;
- savoir que les médias déclarant ouvertement leur orientation politique présentent un gage d'anti- désinformation puisque la couleur est annoncée. Traiter avec soupçon toute prétention à l'objectivité :
- refuser par dessus tout l'autocensure. La refuser systématiquement, farouchement, intelligemment ;
- s'intéresser aux observatoires de la désinformation.
Malgré l'intérêt des informations rapportées et de l'analyse qui en est faite, on peut regretter que l'auteur ne se soit pas davantage efforcé d'être un peu plus objectif. A défaut, il aurait pu clairement annoncer sa couleur idéologique. Par ex., Volkoff a tendance à ne voir que les actions de désinformation de l'ex-bloc communiste. Pourtant, les Etats-Unis et autres pays capitalistes ne se sont pas laissés trop distancer. Il affirme aussi que, lorsque les prêtres et pasteurs ont pris parti pour des régimes politiques, ils l'ont presque toujours fait «dans un sens directement ou indirectement favorable au communisme» (p. 48). On croit rêver : l'Eglise a bien plus souvent été du côté des dictatures de droite et ce, tant en Europe qu'en Amérique latine. Mais, mis à part ces défauts, heureusement fort apparents, ce livre reste d'un vif intérêt pour quiconque s'intéresse à la manipulation politique des masses, notamment pour s'en préserver.
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27 Février 2009 à 22:55 dans
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