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Vers un monde plus juste

Le riz à Madagascar (suite).

 

                              Jean-Pierre Randriamampandry

                                 Madagascar
Madagascar : le riz à haut rendement a du mal à s'enraciner

    (Syfia Madagascar) Simple et très productif, le Système rizicole intensif fait des adeptes jusqu'en Asie. Pourtant, à Madagascar où il est né, il se heurte à la résistance des paysans et, ailleurs, à l'incompréhension des chercheurs.

   Nul n'est prophète en son pays. Le Système rizicole intensif (SRI), mis au point dans les années 80, à Madagascar, par le père jésuite français Henri de Laulanié, s'exporte dans le monde entier mais peine à convaincre les paysans malgaches, malgré ses bonnes performances. Ce mode de culture se caractérise par un repiquage précoce et soigneux des jeunes plants après quinze jours au lieu de deux mois habituellement (cf. encadré). Combiné à un désherbage mécanique et à l'utilisation de compost, il peut assurer des rendements largement supérieurs à 10 tonnes à l'hectare au lieu des 2 généralement obtenus dans la Grande île. Ces bonnes performances ont valu à l'Ong malgache Tefy Saina (littéralement "qui forme la matière grise) du Père Laulanié, décédé en 1995, une médaille de Slow Food décernée à Naples (Italie) à la fin de l'année 2003. Slow Food est un mouvement international qui milite pour la biodiversité agroalimentaire". Tefy Saina a été récompensée notamment pour ses efforts pour protéger les variétés autochtones de riz.

                                                 Les Chinois intéressés

    Vingt ans après la découverte du Père agronome, le SRI est vulgarisé ou en phase d'expérimentation dans une vingtaine de pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. L'Inde et la Chine s'y intéressent, révèle Justin Léonard Rabenandrasana, secrétaire général de Tefy Saina. L'intérêt des Chinois tient au fait que le riz cultivé en SRI demande moins d'eau que celui cultivé en irrigué classique. En Chine, six sites Internet sont consacrés à la vulgarisation de cette méthode. Mais à Madagascar, les paysans traînent les pieds. Ils reprochent au SRI de demander beaucoup plus de temps que la riziculture traditionnelle, en irrigué ou en pluviale, ce qui entraîne des coûts de main d'œuvre supplémentaires. "La manipulation des jeunes plants de riz est délicate ce qui augmente encore le temps consacré au repiquage", explique un paysan de la région Betsileo. Le Père Laulanié avait prophétisé "qu'en 2030, Madagascar deviendrait le premier pays du Sri". Mais son vœu ne semble pas pour le moment en voie de réaliser. Aujourd'hui, on estime que seulement 100 à 200 000 Malgaches cultivent le riz en intensif. C'est peu par rapport aux 12 millions de paysans, qui à 91 % cultivent du riz. "Souhaitons que le SRI ne soit pas comme le christianisme qui grandit partout ailleurs sauf dans son pays d'origine. Les Malgaches en ont le plus grand besoin", commente Norman Uphoff, directeur du Cornell International Institute for Food and Development, rattaché à l'université Cornell aux États-Unis, et qui oeuvre à la diffusion du SRI à travers le monde. Les résistances des paysans à cette nouvelle méthode ne sont pas seulement d'ordre technique. Elles seraient d'abord psychologiques. "Les Malgaches connaissent le riz depuis 1000 ans et ils savent que le riz peut pousser n'importe où sans entretien. Madagascar en a exporté jusqu'aux années 70, puis la dégradation du sol s'est conjuguée avec celle des rendements", estime Rabenasandratra. Les paysans s'accrochent au système traditionnel car "on ne change pas une civilisation de 1000 ans en un jour". L'innovation en général a du mal à se frayer un chemin dans une société rurale où celui qui se singularise est mal vu.


                                    

 

                                                     Des rendements trop faibles

    Bien que second producteur de riz d'Afrique, Madagascar n'a produit que 2,7 millions de tonnes de riz sur 1,3 million d'hectares. Conséquences de rendements trop faibles, les importations de riz blanc ne cessent d'augmenter. De 100 000 t par an dans les années 90, elles sont passées à 264 000 t en 2001. En 2003, elles atteignaient 190 000 t pour les six premiers mois. Cette situation désole les adeptes du SRI qui savent que certains paysans peuvent produire jusqu'à 17 t/ha. "C'est possible avec le SRI, affirme le responsable de Tefy Saina, mais le ministère semble tirer le débat vers l'autre côté car il veut encourager plutôt l'utilisation des engrais chimiques." Le débat sur l'efficacité du SRI dépasse à présent les frontières de Madagascar. Des spécialistes du riz de renommée internationale le contestent et mettent en doute les rendements obtenus. Parmi eux, beaucoup ont été formés à l'Institut international de recherche sur le riz aux Philippines, qui prône la riziculture irriguée selon le modèle de la "Révolution verte" des années 60 avec utilisation massive d'engrais et de pesticides. Pro et anti-SRI s'affrontent par articles interposés. Cette bataille d'experts, qui se passe à des milliers de kilomètres de chez eux, en Europe et en Amérique, ne semble guère perturber les membres de Tefy Saina. "Pour nous, disent-ils, l'important c'est de vulgariser". Le riz à Madagascar : un développement en dialogue avec les paysans par Henri de Laulanié, 288 p., Éditions Karthala (Paris).                                                      www.tefysaina.org


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