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Vers un monde plus juste

Les jardins de riz de Madagascar (suite).

 

  par Denise Williams, Viviane  Ratsimbarison  (01-09-1993)

                                                                Madagascar
           Les jardins de riz de Madagascar

    (SYFIA-Madagascar) Multiplier les rendements des rizières par quatre voire par six, sans utiliser d'engrais : c'est possible, affirme un jésuite agronome, père et propagateur du Système de Riziculture Intensive à Madagascar.

   Soldat de Jésus et ingénieur agronome, le Père Henri de Laulanié, mène croisade depuis quelques années pour son Système de Riziculture Intensive (SRI). Régulièrement, l'hebdomadaire catholique "Lakroa" d'Antananarivo publie de longues séries d'articles sur "le SRI, une chance pour une révolution culturelle dans le monde rural malgache". Chaque année, depuis 1990, le Père et son association, "Tafy Saina" organisent un séminaire pour faire le point et sensibiliser médias et décideurs politiques à leur système. Le dernier, tenu fin juin à Soanavela Mahitsy, à 22 km à l'ouest de la capitale malgache, a même eu les honneurs d'une visite du ministre malgache de l'Agriculture.Cette nouvelle façon de planter le riz est née en 1983 d'une observation fortuite : les plants repiqués jeunes développaient davantage de talles, c'est-à-dire de tiges secondaires, que ceux qui l'étaient plus tardivement. Quatre ans plus tard, le SRI trouvait sa base théorique dans les travaux d'un chercheur japonais, Katayama, auteur, dans les années trente, d'un modèle de tallage du riz. Henri de Laulanié, un Français qui vit depuis trente ans à Madagascar, n'a cessé d'améliorer son système. Sur ses conseils, des paysans ont réussi à obtenir sur de petites parcelles des rendements extraordinaires. Le record est actuellement détenu par un agriculteur de Fianarantsoa, sur les Hauts-Plateaux. Celui-ci a récolté 1237 kg de paddy (riz brut issu du battage) sur ses 700 m2 de rizière soit un rendement à l'hectare de 17,2 t, six fois plus que la moyenne malgache, très médiocre, estimée à 2,6 t/ha. Le Père Laulanié, hostile à l'emploi d'engrais, précise toutefois que le SRI n'a pas à lui seul le mérite de cette belle récolte puisque ce paysan avait fertilisé son champ pour ses cultures de contre-saison. Il n'empêche que les résultats pour la campagne 92-93, publiés en août dernier par "Lakroa", sont tous supérieurs à 10 t/ha sur le plateau. Ailleurs, la production est moindre. Même l'armée malgache s'est essayée au SRI. Exercice réussi : 8 à 9 t/ha sur deux parcelles et 15 sur une autre.

                                                

 

                                                     Travail soigné

    Pour parvenir à de tels scores, les riziculteurs doivent appliquer trois principes essentiels : repiquage des plants très jeunes (entre 8 et 15 jours contre 45 en culture traditionnelle), espacement maximum des plants repiqués brin par brin en carré et non en ligne (10 plants au m2), et irrigation minimum des rizières. On favorise ainsi la multiplication des talles, "60 à 80 par pied et plus". Le respect de ces trois règles implique un surcroît de travail très important pour les agriculteurs, notamment des désherbages soigneux et réguliers et une parfaite maîtrise de l'irrigation.Pour le Père Laulanié, "il est tout simplement demandé aux paysans malgaches de faire un peu plus d'efforts dans l'investissement travail et d'apporter un peu plus de soin et de qualité dans leur travail. Est-ce trop demander ?". Oui, répondent certains chercheurs qui estiment que cette méthode exige trop des agriculteurs qui rentabiliseraient mieux leurs efforts en cultivant, par exemple, du blé ou de l'orge pour lesquels ils pourraient en outre obtenir plus facilement du crédit. Mais surtout, explique Dominique Rollin, un chercheur du CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement), qui, pendant plusieurs années à travaillé sur les Petits Périmètres Irrigués dans la région d'Antsirabé, le SRI ne tient pas compte des stratégies anti-risques mises au point depuis des siècles par les paysans des Hauts-Plateaux. Ceux-ci, tributaires de l'arrivée des pluies en novembre et de la saison froide dès mars-avril, préfèrent une récolte moindre à pas de récolte du tout. Avec le SRI, les plants risquent davantage de se trouver en période de montaison quand les températures commencent à baisser. Un coup de froid pendant cette phase sensible du cycle du riz peut alors anéantir toute la production. De même, le repiquage brin par brin plutôt que par touffes représente un pari risqué pour le paysan en cas de maladie ou d'attaque parasitaire.Pour des chercheurs, cette riziculture méticuleuse sur de petites surfaces tient plus du jardinage que de l'agriculture. Ce à quoi les défenseurs du SRI répondent qu'elle est en celà bien adaptée à la réalité des hauts-plateaux malgache où les familles disposent en moyenne de 500 m2. "Le SRI est un bon système s'il est pratiqué dans des conditions idéales", reconnaît Dominique Rollin, à savoir une bonne maîtrise de l'eau, un bon entretien et une bonne fertilité des terres, ce qui est loin d'être le cas général.Sur un plan plus théorique, il conteste que "le rendement augmente avec le tallage" comme l'affirme Henri de Laulanié. Certaines recherches ont montré qu'il peut y avoir beaucoup de tiges secondaires et peu d'épis. Autant dire que le dialogue est parfois un peu difficile entre un homme de foi et des scientifiques qui, comme Saint-Thomas, ne croient que ce qu'ils voient ou mesurent.Les autorités malgaches, elles, n'ont pas tranché en faveur de l'une ou l'autre riziculture. Le ministère de l'Agriculture encourage la vulgarisation du Système de riziculture intensive, l'amélioration de la distribution des engrais et les projets de Petits Périmètres Irrigués (PPI). Mais une chose est sûre, d'ici l'an 2000, Madagascar va devoir presque doubler sa production de riz et atteindre les 4 millions de t pour nourrir sa population.Le Père Laulanié poursuit son combat et compte ses adeptes qui se multiplient comme les grains de blé : 1000 en 91-92, 10 000 en 92-93. 50 000 cette année ? A 10 ares en moyenne avec des rendements de 10 t/ha, cela donne 50 000 t. Un début ! Optimiste, le Père prévoit déjà, grâce au SRI, des excédents de production à partir de l'an 2005


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