Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

Vers un monde plus juste

Où sont les psychiatres? (J. Cl. GUILLEBAUD).

                   "Où sont les psychiatres?"

    "A certains niveaux, la rapacité financière relève, sinon de la folie, du moins d'une addiction symptomatique.
    Sur les ondes, en définitive , on ne parle que de ça. Jour après jour, l'argent, la gagne, le benéf sont au centre des informartions et des commentaires. Profits des grandes entreprises, pactoles distribués aux patrons, prébenbes...multiples et variés : tout cela finit par constituer un nuage toxique qui s'infiltre peu à peu jusqu'au derniers recoins du discours public. Il accompagne de ses cliquetis de tiroir-caisse la désesperance alentour. Paradoxe : plus les démunis sont atteints et qu'enfle dans nos pays une grosse colère, plus la goinfrerie des "gagnants" nous est racontée, montrée, filmée.
    A ce " bling-bling" obcène, on oppose des arguments fondés sur la morale (" c'est indécent, etc..") ou sur l'idéologie (" la lutte des classes est oujours là" etc..). Les deux répliques sont légitimes, mais sont-elles suffisantes? Pas si sûr. Aujourd'hui , en effet, ce sont plutôt les psychiatres qu'il faudrait appeler à la rescousse.
Passé un certain seuil, la rapacité financière n'est pas très différente d'une pathologie capable de générer, y compris chez les adultes intelligents, des conduites immatures. En d'autres termes, la fascination pour le profit cesse d'être une conduite raisonnable pour frôler, sinon la folie, du moins l'addiction symptomatique.

    Est-il mature ce dirigeant socialiste qui, pour s'acheter des colifichets, jongle avec les économies d'une ONG, mettant du même coup, en péril sa propre dignité politique? Est-il encore doué de raison, ce ministre qui rompt avec son passé humanitaire pour courir derrière de (gros) chèques ? Est-il encore lucide cet homme d'Etat qui , en pleine montée de la précarité et du désarroi, continue d'écononomiser sur ses notes dhôtel en acceptant des invitations et des cadeaux ambigus? A-t-il réflechi deux minutes à l'image qu'il offre de lui-même ce haut fonctionnaire empochant une rétribution mirifique avant de prendre les commandes du consortium qui venait, précisément, de lui faire ce cadeau?

    On ne cite là que quelques exemples parmi les derniers en date. Ajoutons que souvent les sommes en question sont si" énaurmes" qu'on voit mal à quoi elles peuvent servir au final.
    A s'acheter une troisième Ferrari,, un second appartement, un second jet privé? A ouvrir un quinzième compte en Suisse ou au Lichtenstein? A garantir l'avenir des ses enfants, arrière-petits-enfants, nièces, neveux, maîtresses?

    Poser la question c'est mettre le doigt sur une forme de bêtise qui va au-delà de la bêtise elle-même.
Seule une conduite addictive peut amener un homme à ruiner tout à la fois son image et son être pour accroître son patrimoine.
    En d'autres utilités marginales, il est clair que le calcul est aberrant.

    Songeons deux minutes à quelques contre-exemples tirés du passé.
Pierre Mendes France serait-il entré dans l'Histoire s'il avait couru derrière un magot? Les grands serviteurs de l'Etat que furent François Bloch-Lainé, Paul Delouvrier ou Philippe Lamour auraient-ils marqué l'imaginaire national s'ils avaient raflé, en douce, un paquet de stock-options? Hubert Beuve Mery aurait-il pu inventer le quotidien " le Monde" s'il avait songé à amasser quoi que ce soit?
    Au total, on peut s'interroger sur l'impuissance d'un ordre sociétal et symbolique qui ne parvient plus à produire des élites dotées d'un minimum de raison raisonnable. A ce train-là, ce sont les psychiatres qu'il faudra bientôt  appeler au chevet des démocraties et des entreprises."

                 art.télé.obs.Paris vendredi 3 avril 2009


Commentaires


Votre commentaires :

Votre commentaire s'affichera après validation du titulaire du blog