Le défi des épidémies modernes (André CICOLELLA).

2007 144 p. 9,00 e
Les sociétés modernes sont confrontées à une véritable épidémie de maladies chroniques: cancers, maladies cardiovasculaires, obésité et diabète, allergies, affections mentales... Or elles sont très largement évitables, car elles sont la conséquence de notre mode de vie et de notre environnement. Selon l'Organisation mondiale de la santé, elles sont responsables de 86% des décès et représentent 77 % des cas de maladies en Europe. Elles sont ainsi devenues la cause majeure de la crise des systèmes de santé. En France, la " Sécu " a certes permis l'accès aux soins pour tous, mais elle n'arrive pas à répondre à cette crise. Et au nom de la lutte contre le " trou de la Sécu ", on cherche donc à convaincre les Français qu'il faudrait remplacer le principe de solidarité par une logique individualiste d'assurances privées.
Mais les solutions libérales sont une illusion, comme le montre André Cicolella dans cet essai rigoureusement argumenté : elles ne répondent pas à la question et ne peuvent, au contraire, que faire empirer la situation. A l'inverse, explique-t-il, il est possible de surmonter la crise en agissant sur les causes environnementales et comportementales des maladies et en sortant du " tout médicament ". Et aussi en réinventant un système de santé de proximité, un financement plus juste et en instaurant une véritable démocratie sanitaire. Bref, en refondant un véritable système de santé et pas seulement un système de soins.
Biographie de l'auteur
André Cicolella est chercheur en santé environnementale et président de la Commission Santé des Verts. Il est l'auteur de Alertes santé (avec Dorothée Benoît-Browaeys, Fayard, 2005)
Introduction : Répondre au défi des épidémies modernes
Partie I - Nos maladies ont changé
1 - L'épidémie de maladies chroniques
2 - Les maladies chroniques : des causes principalement environnementales
3 - L'impact sanitaire de la mutation des modes de vie
4 - L'impact sanitaire de la pollution croissante de l'environnement
5 - De la première à la seconde révolution de santé publique
Partie II - Les raisons de la crise du système de santé
6 - De l'hospice à l'hôpital et de l'hôpital à l'hospice ?
7 - Un système de soins de proximité qui s'est délité
8 - Une France accro aux médicaments
9 - De la prévention à la précaution
10 - Une crise économique et démocratique
Partie III - Sortir de la crise (par le haut)
11 - Pour une maîtrise sanitaire
12 - Refonder le système de soins
13 - Refonder la prévention
14 - Refonder la démocratie sanitaire
Conclusion : Pour un système de santé efficace et démocratique
"Le défi des épidémies modernes" - Introduction
La société AG2R Prévoyance a fait faire un sondage publié le 19 octobre dans le Figaro, sur le thème « Les Français, la santé et l’argent » . Pour les commanditaires, l’idée était destinée à mesurer le sentiment de désamour des Français vis à vis de leur système de santé et d’assurance maladie et mesurer comment progresse la logique individualiste pour mieux avancer le projet de la privatisation de l’assurance maladie. AG2R n’est en effet pas n’importe qui. C’est un des grands acteurs des complémentaires santé : 6ème assureur santé en France (3ème en collectif, 10ème en individuel) avec 1,6 million de bénéficiaires d'une complémentaire santé AG2R (individuelle ou collective). Le résultat du sondage est décevant pour le commanditaire : les Français sont favorables en priorité à une augmentation des cotisations sociales (45%), plutôt que les cotisations complémentaires (25%) ou le reste à charge (17%).
Pour ceux attachés au principe de solidarité et qui considèrent que la réforme de 1945 a été une conquête sociale majeure, ce sondage est par contre une excellente nouvelle. Les Français disent en effet qu’ils sont très attachés à ce système ! Pour eux, c’est un des meilleurs du monde (83 %) et la branche maladie de la sécurité sociale reste la meilleure illustration de la solidarité entre les Français (à 60 %), devant l’aide aux personnes âgées (50%), le système de retraite (45 %) et loin devant l’assurance chômage (33 % ) ! Autre bonne nouvelle : on pensait que les Français étaient accros aux petites pilules de l’industrie pharmaceutique. Pas tant que çà ! A la question : pensez-vous que votre santé dépend principalement de votre mode de vie (nutrition activité physique) 80 % répondent oui, contre 18 % qui pensent qu’elle dépend principalement des progrès de la médecine. Les points de vue sont tranchés, d’autant que seuls 2% ne répondent pas à cette question ! Autre point de vue tranché : 80 % (contre 19 %) pensent que nous ne sommes pas égaux devant le système de santé. Une majorité (53% contre 42 % ) pensent que l’augmentation du financement ne permettra pas une meilleure qualité des soins et ils perçoivent le système comme inégalitaire avec une qualité de soins qui se détériore et des dépenses de moins en moins bien remboursées. Autant dire que la société française ne croie pas au discours d’un progrès sanitaire assimilé au progrès médical, et n’est pas prête à écouter les sirènes libérales, qui prônent une privatisation du système de santé, mais qu’elle est consciente de la nécessité de réforme, sans remettre en cause le système solidaire, et en se préoccupant plus de prévention. Au-delà des préoccupations classiques liées à la santé, les Français expriment ( L’offensive est pourtant soutenue ces derniers temps pour leur faire penser le contraire. Le groupe d’assurance MMA, qui bien que portant le nom de Mutuelle est une vraie assurance privée, a lancé une opération de ristourne sur les primes d’assurance, pour ceux qui consomment peu. Sans surprise, le député UMP Jean-Michel Dubernard, un des candidats de la droite au poste de Ministre de la Santé, a saisi la balle au bond : MMA, dit-il , pose les vraies questions, et si la réforme actuelle ne marche pas, il faudra prévoir un système qui laisse la place à des modes de financements individualisés. Mais ce point de vue se retrouve aussi à gauche. Gilles Johannet, militant socialiste, ancien directeur de la CNAM et aujourd’hui directeur santé aux AGF , ne visait pas autre chose avec son projet Excellence destiné à fournir une couverture médicale de haut niveau …et à haut prix ! Le système de soins à 2 vitesses…Le scandale de cette assurance a ému même l’Ordre des Médecins et conduit les AGF à retirer le projet, mais ce n’est vraisemblablement que partie remise.
Un pays européen , les Pays Bas a basculé vers un système d’assurances privées au 1er janvier 2006. L’équivalent de la CNAM aux Pays Bas est devenu une assurance privée et est maintenant en concurrence avec les homologues d’AXA ou d’AGF… ! Ce serait faire injure aux compagnies d’assurance que de dire qu’elles n’ont que des stratégies nationales. A l’évidence, l’opération Pays Bas est un test en vraie grandeur dans un pays européen et on peut s’attendre à une offensive en France et dans les autres pays européens pour accréditer l’idée que pour faire face à la crise des systèmes de santé, il faut prendre exemple sur les Pays Bas qui ont su tourner le dos aux assurances socialisées et faire confiance aux assurances privées, forcément meilleures gestionnaires . Le motif de la réforme aux Pays Bas était en effet que le système de santé coûte trop cher maintenant….pour un pays qui dépense cependant moins que la France ou l’Allemagne ! Bien que le principal pays où cette logique privatisée est appliquée, les Etats Unis, apporte la preuve que ce n’est pas la solution à la crise, mais au contraire que cela amplifie la crise, il est effectivement plus habile de s’appuyer sur une expérience plus présentable, celle des Pays Bas. Bien évidemment, les assureurs sauront les premières années respecter les règles de déontologie et ne pas sélectionner par le risque, mais, bien évidemment aussi, lors que la bascule sera faite et qu’ il ne sera plus possible de revenir en arrière, on s’acheminera vers une logique américaine.
Ce n’est pas un procès d’intention. Il y a quelques années AXA avait pratiquement doublé d’une année sur l’autre ses primes pour les handicapés, jusqu’à ce qu’il fasse machine arrière devant le tollé suscité par cette mesure. Il n’y a qu’à voir comment les assureurs ont brutalement augmenté les primes des Chirurgiens Obstétriciens Gynécologues, avant même que les coûts augmentent , pour savoir que l’objectif des sociétés d’assurances est de satisfaire leurs actionnaires et non pas d’assurer dans ce pays le plus haut niveau de protection sociale, encore moins de promouvoir la santé. Il faut dire aussi que cette offensive trouve des oreilles complaisantes du côté de la Commission Européenne, qui multiplie les tentatives pour introduire la santé dans la liste des services qui peuvent être libéralisés.
C’est pour cela qu’il est urgent que le débat autour de l’avenir de notre système de santé s’installe dans la campagne présidentielle. Malgré l’attachement des Français à leur système, l’offensive libérale peut être victorieuse, si elle réussit à faire passer l’idée que la réforme de la privatisation est inéluctable et qu’elle est la seule solution pour maîtriser les dépenses de santé. L’offensive MMA montre la stratégie qui va être suivie, jouer les jeunes contre les vieux, les bien portants face aux malades…comme si les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas les vieux de demain , comme si les bien portants d’aujourd’hui ne sont pas les malades de demain…….comme si il n’y avait pas d’autre voie que la maîtrise comptable des coûts de santé.
Face à cette offensive, certains peuvent être tentés de nier la crise et de combattre l’offensive libérale, sur le thème « Le trou de la Sécu, c’est du bidon » et « c’est une bonne chose de toute façon de dépenser plus pour la santé ». Comme si toute augmentation , quelle qu’elle soit, était bonne à prendre, comme si on ne pouvait pas avoir un débat sur la meilleure façon de dépenser. Certes les arguments sur les dettes de l’Etat non payées , sur les exemptions de charge des entreprises, sur l’impact du chômage sur les rentrées de cotisations, ont une certaine réalité, mais il n’en reste pas moins vrai que la crise existe. Curieusement , s’agissant des militants de gauche et d’extrême gauche qui développent ce point de vue, l’argumentaire, reste purement économiste et ne prend pas en considération les questions de santé. Comme si nous n’étions pas en face d’épidémies de maladies chroniques, comme si aussi la sécu, grande conquête sociale était forcément parfaite et la critiquer ferait forcément le jeu de l’adversaire, comme si la crise de l’amiante n’était pas là pour montrer les carences du système….
Car la crise du système de santé est bien réelle et il faut démontrer que l’on ne peut y répondre par la privatisation. La privatisation n’est jamais que la continuation de ce qui a été fait depuis 30 ans, par les gouvernements de gauche comme de droite, c’est à dire des mesures purement comptables, dont le dernier expédient a été de renvoyer la dette sur les générations futures…. !
Notre système de santé est malade de la croissance des épidémies modernes, (cancer, obésité, allergies, affections mentales..). La déclaration de l’OMS de sept 2006 a lancé aujourd’hui l’alerte sur l’épidémie de maladies chroniques, qui représentent 86% de la mortalité, 77 % de la morbidité et , nous dit l’OMS, menace l’existence même des systèmes de santé . Il est malade des crises de sécurité sanitaire (amiante, canicule, chikungunya…), qu’il n’a pas su anticiper, malade d’un système de soins peu coordonné et peu évalué, de la prééminence d’une certaine logique curative basée sur la recherche de l’exploit technique et laissant dans la marginalité la prévention et le pluralisme thérapeutique, malade de l’ absence de démocratie….malade en fait de penser en termes de soin et jamais en termes de santé.
Il est possible de montrer que les solutions libérales sont non seulement injustes, mais en plus ne répondent pas aux problèmes. Il est possible de montrer que ce n’est pas la maîtrise comptable, ni la maîtrise médicalisée qui est la réponse à la crise du système de santé, mais la maîtrise sanitaire. Il est temps de dire ce qui est une évidence mais qui semble avoir été oublié par beaucoup que l’objectif d’un système de santé est d’assurer le meilleur niveau de santé de la population et non pas en premier chef d’assurer une rente aux industries pharmaceutiques et médicales, ou aux professionnels de santé, quel que soit le mérite des uns et des autres. D’autres sondages montrent d’ailleurs que les mentalités évoluent. Le modèle du médecin seul dans son cabinet exerçant son sacerdoce tel un prêtre laïc, sans compter son temps ni sa peine n’est plus le modèle des jeunes générations. Celles-ci aspirent à travailler autrement. En témoignent les réalisations de maisons de santé par exemple lancées à l’initiative parfois de jeunes médecins.
C’est un changement de logique qui est nécessaire. Le sondage du Figaro montre que la société française est prête. C’est aux politiques de faire leur travail, en proposant une réponse politique à la crise. Une réponse politique, c’est comprendre ce qui a bougé dans la société et ce qui doit être changé au plan institutionnel pour être étendu à la société.
Ce livre entend apporter sa contribution au débat. Il s’appuie sur l’expérience de chercheur en santé environnementale de l’auteur, qui l’a amené à comprendre comment les facteurs de risques environnementaux pouvaient avoir un impact profond sur la santé des populations, mais cette expérience de chercheur ne serait rien sans celle accumulée en tant que responsable de la commission santé des Verts depuis plusieurs années et aux débats acharnés comme savent les mener les Verts. Ce livre leur doit beaucoup, mais il n’engage néanmoins que son auteur.
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25 Juillet 2009 à 19:09 dans
- L'O.M.C. qu'est-ce que c'est?

