Demain: sortie nationale du documentaire: "une affaire de nègres"
Au Cameroun en mars 2000, le Président de la République institue un "commandement opérationnel" pour lutter contre le grand banditisme de la région de Douala. Le commandement procède à des rafles : 1600 personnes disparaissent ou sont tuées. Un an après, neuf jeunes garçons disparaissent.
Le haut-commissaire aux droits de l'homme aux Nations Unies est saisi. Les auteurs de ces rafles sont jugés responsables mais les procédures n'aboutissent pas. Les familles des victimes doivent vivre entre désirs de justice et pressions pour que les crimes soient à jamais effacés de la mémoire collective.
En 2000, à Cameroun, le commandement opérationnel d’une unité spéciale pour lutter contre le banditisme a fait, en un an plus, d’un millier de victimes dans la région Douala à l’Ouest du pays africain. Osvalde Lewat, réalisatrice du Cameroun, raconte cette histoire terrible dans son dernier documentaire « une affaire de nègres ». Elle s’interroge sur la même question qui a été pose par Nigérian Nobel Lauréate Wol Soyinka. « ?n dit des Africains qu’ils ne sont prêts pour la démocratie, alors je m’interroge: ont –ils jamais été prêts pour la dictature? »
Pourquoi avez- vous souhaité traiter ce sujet maintenant ?
Pendant 6 ans, j’ai exercé le métier de journaliste. Chaque article a un caractère éphémère, donnant lieu a une frustration. Ce sentiment m’a donné envie d’aller au fond des choses en réalisant des films. J’ai choisi de traiter ce sujet lorsque j’ai rencontré un des personnages du documentaire.
Avez -vous rencontré des difficultés pour tourner ce documentaire ?
C’est un thème difficile à traiter… quand on s’attaque à des sujets comme l’armée, la politique, la démocratie et les drames humains. Il m’a fallu 4 ans pour réaliser ce documentaire. J’ai pris le temps de compiler les informations…même si tout au long du projet, j’avais une grosse crainte : celle de ne pas pouvoir tourner.
Est-ce que vous étiez en colère au moment où vous avez affronté le soldat membre de l’unité spéciale ?
Je n’étais pas en colère, j’étais fascinée. Peut- être que ce n’est pas le mot juste. La première fois que je l’ai rencontré, c’était un soir, j’étais terrorisée. Mais le lendemain quand on a commencé l’interview, j’étais complètement fascinée. Pour mon expérience professionnelle et cinématographique, rencontrer quelqu’un comme ça, qui explique qu’il a massacré des hommes, qui n’est pas dans un processus de regret, sans humanité m’a fasciné. Ca n’est pas un film pour critiquer le gouvernement du Cameroun, le but du film, c’est de montrer une société à la dérive.
Votre documentaire a-t-il été bien accueilli à Cannes ? Quel est le but de votre présence à Cannes ?
Malheureusement il n’est pas présent en sélection officielle ou parallèle. Il est actuellement présenté au Pavillon « les Cinémas du Sud ». Une projection a aussi eu lieu au Marché du Film. Globalement l’accueil a été plutôt positif. Au- delà de la présentation de mon documentaire, je profite du festival pour rencontrer des distributeurs.
LA REALISATRICE
Osvalde Lewat Hallade est née en septembre 1976 au Cameroun. Journaliste de formation, elle a écrit dans " Cameroun tribune " des articles à caractère culturel ou social. Issue d’une formation à l’Institut National de l’Image et du Son (INIS) de Montréal, elle signe son premier documentaire en 2000 " Le calumet de l’espoir ". En 2001, " Itilga, les destinées ", un nouveau documentaire, contribue à la faire remarquer.
Après une courte formation à la FEMIS à Paris, elle réalise en 2002 " Journaliste de formation, 140, rue du Bac ", un documentaire sur la vie d’une religieuse. Ce qu’on pressentait alors se confirme, la réalisatrice est intéressée par les gens, leur vie, leurs espoirs, leur destin. " Au delà de la peine " en 2003, tourné dans la prison centrale de Yaoundé, va marquer définitivement le public de son travail engagé. Ce documentaire sera primé plusieurs fois dans les Festivals. Suivra en 2004 " Un amour pendant la guerre ", documentaire sur les vies marquées des femmes par les souvenirs douloureux de la guerre au Rwanda. Elle signe « Une affaire de nègres » en 2007 en s’engageant une nouvelle fois pour la mémoire collective.
FICHE TECHNIQUE
Réalisateur : Osvalde Lewat
Image : Philippe Radoux-Bazzini, Edimo Dikobo
Son : Antoine Mbesse Amougu, Edimo Dikobo
Montage : Danielle Anezin
Production : AMIP, Waza Image
Distribution : Les films du paradoxe www.filmsduparadoxe.com
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22 Septembre 2009 à 11:18 dans
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